Définition
- Soit E un espace vectoriel topologique sur le corps K = R ou C .
Le dual topologique E '} de E est le sous-espace de E * (Espace dual de E) formé des formes linéaires continues (il est immédiat que c'est bien un sous-espace vectoriel).
Si l'espace est de dimension finie le dual topologique coïncide avec le dual (algébrique) puisque dans ce cas toute forme linéaire est continue.
Par contre ceci est inexact dans le cas général. Ainsi par exemple envisageons l'espace vectoriel réelD des fonctions dérivables de l'intervalle dans R muni de la topologie de la norme uniforme . Soit alors p la forme linéaire définie par p (f) = f '(0). Soit par ailleurs la suite (f n ) n > 0 de fonctions de D définie par f n (x) = x (1-x) n . On constate facilement que (la fonction f n est positive et maximale pour x = 1/(n+1)). Mais p (f n ) = 1 pour tout n alors que p (f n ) devrait tendre vers p (0) = 0 si p était continue !
Topologies duales
Nous allons dire quelques mots sur les topologies que l'on peut définir canoniquement dans certains cas sur le dual.
Topologie faible du dual
- A tout vecteur v de E on peut faire correspondre l'application ν v de E '} dans R définie par ν v (p) = |p (v)|.
Il est immédiat que
ν v est une
Semi-norme sur
E '}. La topologie définie par cette famille de semi-normes s'appelle
topologie faible du dual. Muni de cette topologie,
E '} est
un espace localement convexe.Topologie forte sur le dual d'un Espace de Banach
- Si E est un Espace de Banach on peut définir une norme duale | . |' sur E '} par
| |p| = | sup v ∈ E,v ≠ 0 | |p (v)| ––––––––– |v| |
E '} muni de cette norme (on dit "le dual fort") est également un Espace de Banach.
En effet soit p n une Suite de Cauchy de E '}.
Pour tout v ∈ E la suite p n (v) est une suite de Cauchy de K ( puisque |p m (v)-p n (v)| ≤ |p m -p n | |v| ). Il en résulte la définition d'une fonction p de E ' dans Kdéfinie par .
p est une forme linéaire (algébrique): démonstration immédiate ("passage à la limite")
p est continue: | |p (v)| = | lim n → ∞ | p n (v) ≤ | lim n → ∞ | |p n @v| |
et comme toute suite de Cauchy est bornée, il existe λ >0 tel que |p n |< λ pour tout n. D'où |p (v)| ≤ λ |v| , ce qui montre que p est continue en 0 et donc continue sur E.
Le théorème de Banach-Alaoglu montre que la boule unité de l'espace dual (muni de la norme de la topologie forte) est *-faiblement compacte.
Nous allons prouver le résultat fondamental suivant:
- Le dual topologique H '} d'un Espace de Hilbert H est l'image de H par l'isomorphisme j tel que l'image j (v) d'un vecteur v ∈ Hsoit la forme linéaire définie par 〈 j (v),w 〉 = (v|w) (Produit scalaire).
- En effet l'application j (v) est clairement une forme linéaire en w, continue en vertu de l'inégalité de Cauchy-Schwarz.
- j est évidemment linéaire.
- Si j (v) = 0, quelque soit w ∈ H (v|w) = 0. En appliquant ceci à w = v on déduit v = 0 , ce qui montre que j est injective.
- Montrons enfin que j est surjective. Tout d'abord j (0) = 0. Soit à présent p une forme linéaire non nulle continue sur H. L'hyperplan vectoriel M d'équation p (v) = 0 est fermé. La théorie de la projection sur un hyperplan fermé d'un Hilbert (cf. Espace de Hilbert) montre l'existence d'un vecteur unitaire u orthogonal à cet hyperplan M et de plus H = M ⊕ vect(u). Tout vecteur w de H s'écrit de manière unique w = (u|w)u+w ' avec w ' ∈ M. Il en résulte que p (w) = (u|w)p (u) = (p (u)u|w) puisque p (w ') = 0. Ainsi j (p (u)u) = p
Bidual (topologique)
Alors que la notion purement algébrique du bidual ne présente aucune ambiguïté, il en est tout autrement pour les notions topologiques. En effet selon la topologie retenue sur le dual les formes linéaires sur ce dual pourront être ou non continues.
Bidual d'un espace de Banach et réflexivité
Dans le cas d'un espace de Banach
E, on qualifie en général de bidual le dual du dual muni de la topologie forte, noté
E ** .
Il existe une application naturelle de E dans son bidual, l'application d'évaluation
J : E → E ** ∀ x ∈ E, ∀ ℓ ∈ E * , J (x)( ℓ ) = ℓ (x)
qui constitue une injection isométrique. Lorsque J est une bijection, l'espace E est dit réflexif.