Pour les articles homonymes, voir Fleur de lys (homonymie).
La
fleur de lys (ou
fleur de lis) est un
Meuble héraldique, c'est l'une des quatre figures les plus populaires avec les multiples
croix, l'
aigle et le
lion. Elle est habituellement classée parmi les figures naturelles. Symbole marial, elle est devenue en
France à partir du
Moyen Âge l'emblème de la
Royauté.
Origines du lys royal
Le premier emploi du semis de lys attesté est un
Sceau du prince Louis, futur
Louis VIII, en
1211. Semis qui est remplacé en
1375 par trois fleurs de lys, Elle est couramment représentée sous une forme stylisée, jaune sur fond bleu : d'azur semé de lys d'or ou d'azur à trois lys d'or pour la version «moderne».
La fleur de lys a peu à voir avec le Lys que l'on trouve dans les jardins (utilisé en héraldique sous le nom de lys de jardin ou lis de jardin). Certains y voient une altération graphique de l'Iris des marais (Iris pseudacorus L. ou iris jaune), qui est ici dessiné à l'envers, tête en bas, et remportée sur les Wisigoths à l'Ouest de Poitiers et que l'on trouve abondamment sur les bords de la rivière Lys et de la rivière Senne en Belgique}} (l'iris jaune est d'ailleurs encore la Plante-emblème de la Région de Bruxelles-Capitale Site officiel de la Région de Bruxelles Capitale</ref>). Selon certains, la fleur-de-lys stylisée ressemble d'ailleurs bien plus à un iris qu'à un lys. P.B. Gheusi (op. cité ci-dessous) donne à la fleur de lys une origine plus guerrière : ce serait un embout de javelot gaulois (ou encore l'Angon des Francs) avec pointe et crochets (voir l'analogie de forme avec ce sceptre fleurdelisé du blason de Trieste - blasonné "Hallebarde" - et qui serait la lance de Saint Serge selon Neubecker-Le grand livre de l'héraldique ).
Quant au nom, Gheusi l'attribue à Louis VII de France le premier qui puisse avec certitude être cité comme ayant porté et arboré « Fleurdelys » phonétiquement, sinon identique, en tout cas très proche de « Flor de Loys » (Fleur du Roi Louis).
La langue parlée par les Francs à l'époque de Clovis n'était évidemment pas le français, mais le francique. Ce dialecte germanique trouve sont équivalence à notre époque moderne avec le néerlandais. Or en néerlandais l'iris des marais se dit lisbloem ou traduit littéralement en français : «fleur-de-lys». Cela peut expliquer le fait de parler de "fleur-de-...", que l'on n'utilise jamais pour une autre fleur. On ne parle en effet jamais de fleur-de-rose ou de fleur-de-tulipe! La réserve à cette "séduisante" hypothèse est qu'il n'était guère de coutume de "traduire" litéralement, c'est le terme original qui perdurait, avec déformations inévitables.
On prête surtout à Clovis un blason à trois crapauds (ou grenouilles). Si le blason moderne des rois de France doit quelque chose à celui de Clovis, c'est le nombre 3 : on peut voir dans la réduction de 1375 du semi de lys à trois lys une tentative d'enraciner plus profondément une dynastie, en jouant sur une ambiguïté de forme (de bonne foi ou non… en dotant les grenouilles des rivières belges de capacités de mimétisme remarquable, voir ci-contre l'hypothèse de la « dérive » graphique…).
et de faire naître le blason royal au Baptême de Clovis, par des interventions divines assez variées , qui font de la fleur de lys soit , soit celui de (avec ses trois lobes ou sa triple présence).
Une autre légende relativement convergente nous est rapportée par Pernette Rickli-Gros et Béatrice Obergfell dans un ouvrage daté de 2007 intitulé "Genève et ses mystères - Flâneries insolites dans l'histoire" : dans l'ancienne forêt de Saint-Germain-en-Laye, près du château de Montjoie où la tradition a fait séjourner le couple royal, vivait près d'une fontaine un ermite que la très chrétienne reine Clotilde avait l'habitude de venir consulter. Un jour qu'elle était en prière avec le saint homme, un ange leur serait apparu et lui aurait demandé de remplacer l'écusson de son mari portant trois croissants ou trois crapauds par trois fleurs de lys qui brillaient d'une couleur d'or sur la plaine de l'actuel Joye-en-Val.
« De France »
Les armes d'azur semé de fleur de lys d'or et d'azur à trois fleurs de lys d'or sont si étroitement liées à la monarchie française que la langue du blason utilise les expressions de France ancien (pour le semé) et de France moderne (pour les trois fleurs de lys) pour économiser une description archi-connue de tous. On trouve notamment le chef de France (suivant les époques et les villes, de France ancien ou de France moderne) souvent accordé en Augmentation par les rois de France à des villes « fidèles » à la couronne, comme Lyon, Angers, Tours, Poitiers, Fréjus, Le Havre, Laon, etc., mais aussi la bande de France ou le chevron de France.
En France, les « bonnes » villes, c’est-à-dire celles qui avaient le droit de se faire représenter par leur «mayeurs» (ou maires) au sacre du roi de France, avaient le droit de porter sur leur blason un chef de France, c’est-à-dire « d'azur semé de fleurs de lys d'or » (France ancien) ou « d'azur à trois fleurs de lys d'or » (France moderne). Le chef de France est une Augmentation accordée aux armes de ces villes.
Un terme proche est l'expression chef d'Anjou qui désigne un chef d'azur fleur-de-lysé d'or brisé d'un lambel de gueules utilisé surtout dans l'héraldique italienne. Inspiré des armes des Anjou rois de Naples, il marque la fidélité ou l'alliance politique de certaines familles avec cette dynastie.
C'est Charles V qui réduisit le nombre de fleurs de lys à trois (1376), en l'honneur de la Sainte Trinité. Le passage de France ancien à moderne à conduit à de nombreuses armes irrégulières, à enquerre. En effet, le fleurdelysé primitif est un semis, qui n'est pas soumis à la Règle de contrariété des couleurs. Il peut donc être associé à des pièces ou des meubles de tout fond. En revanche, la france moderne est un émail (azur) chargé de meubles, qui ne peut en principe recevoir que des charges d'or ou d'argent. Les charges étaient très souvent de gueules (bâton du Bourbonnais, lambel de l'Artois, bande de la Marche, chef du Lyonnais, bordure du Berry, sautoir de Langres...).
La fleur de lys, meuble de meuble
La fleur de lys intervient assez peu dans les autres meubles. Ci-contre une croix et un trêcheur
fleurdelysés ou
fleurdelisés (mais on dit aussi
florencés). Le double trêcheur fleurdelysé et contre-fleurdelysé du blason des rois d'
Écosse est passé dans le langage héraldique de ce pays sous le nom de « trêcheur royal » (
royal tressure). Il est souvent employé comme
Augmentation.
À noter que pour la croix comme pour le sceptre de Trieste, la fleur de lys perd sa partie inférieure. Elle est dite « nourrie » ou « au pied nourri » (on ne voit pas ses racines, si on les voyait elle ne serait plus « nourrie »). Le terme de « au pied coupé » concernant tout végétal représenté sans racine est parfois utilisé pour la fleur de lys à la place de son terme spécifique.
Lille, Florence et Fleur de lys florencée
À l'origine le blason de Lille est un iris des marais (d'argent sur champs de gueules, analogue à celui d'or sur azur de Bruxelles-Capitale). La transformation en lys (aux formes très proches) serait due à une intervention de Louis XIV à la prise de la ville, en en faisant, volontairement ou non, des Armes parlantes (Lille, lilium). Il ne s'agit pas d'une Augmentation, et d'ailleurs la fleur de lys lilloise est d'argent (le lis royal est d'or !) et florencée (rappel de l'iris primitif ?), comme celle de Florence (en totale symétrie quant aux couleurs) (le lys florencé de l'administration des Postes n'est pas très exubérant, néanmoins les petites boules au bout des feuilles le démarquent du lys royal).
Québec
Le 21 janvier 1948 un nouveau Drapeau du Québec portant la fleur de lys fut introduit. Les différentes communautés francophones du Canada utilisent la fleur de lys comme témoignage de leur appartenance à la Francophonie en la plaçant sur leurs drapeaux.
St-Louis (Missouri)
La fleur de Lys figure sur le drapeau de la Ville de Saint Louis dans l'État du
Missouri aux
États-Unis. Elle est un héritage de la présence française dans la région de la rive orientale du
Mississippi. La ville de Saint Louis doit d'ailleurs son nom à
Louis IX de France.
Bosnie-Herzégovine
(population d'origine Bogomile, devenu majoritairement musulmane sous l'Empire ottoman) qui devint le Drapeau de la Bosnie-Herzégovine. pendant la guerre des Balkans (1992-1995).
Ailleurs…
Autres places ou institutions utilisant ce symbole :
Scoutisme
La fleur de lys indiquait traditionnellement la direction du nord sur les cartes. Pour cette raison, elle a été choisie comme symbole international du
Scoutisme. Les organisations et évènements scouts reprennent généralement la fleur de lys dans leur logo (voir par exemple le
Symbole du Jamboree Mondial Scout 1947).
Pistes supplémentaires
La Fleur de Lys symbole de Royauté Française serait un symbole chrétien vu à Saint Jean d'Acre, Palestine, qui aurait été adoptée comme symbole pour le Royaume de France, avant ou pendant les croisades. Ce qui semble être sûr, c'est que la Fleur de Lys est d'abord un symbole chrétien avant de devenir l'emblême de la royauté française. St Joseph est souvent représenté avec une fleur de Lys, et Jeanne d'Arc elle-même avait son étendard avec des fleurs de lys sur fond blanc (
http://pagesperso-orange.fr/musee.jeannedarc/etendard.htm).
Notes
Bibliographie
- Michel Pastoureau, « Une Fleur pour le Roi », dans Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental, 2004
- P.B. Gheusi Le Blason. Théorie nouvelle de l'art héraldique et de la science des armoiries (1932)
- Jean-Bernard Cahours d'Aspry, Des fleurs de lis et des armes de France : Légendes, Histoire et Symbolisme, Atlantica, 2006 (ISBN 2843948614)