Ivan III (
Иван III Васильевич en
Russe) (
22 janvier 1440-
27 octobre 1505), dit
Ivan le Grand, fut grand prince de Vladimir et de Moscou de
1462 à
1505. Fils de
Vassili II. Il épouse Zoé (
Sophie Paléologue). Il est le père de
Vassili III (
1479-
1533), André (
1490-
1533), Youri (
1480-
1533). Son règne est important car il marque une étape cruciale de l'unification de l'État russe. C'est sur les marches de la cathédrale de l'Assomption que Ivan III déchira le traité qui soumettait Moscou au
pouvoir Mongol et déclara ainsi l'indépendance de la Russie.
Contexte
Au début du règne d'Ivan le Grand, la Russie est constituée de deux grands territoires : le sud-ouest, sous domination polono-lituanienne, et le nord-est, qui paie tribut à la
Horde d'Or. La principauté de
Moscou appartient à ce dernier territoire, ainsi que celles de Novgorod,
Pskov et
Viatka sur lesquelles le grand-prince n'a aucun pouvoir. De plus, il ne règne pas sans partage sur celle de Moscou, divisée en cinq principautés patrimoniales. Ivan dirige la première. Ses quatre frères se partagent celles de
Riazan,
Rostov,
Iaroslavl et
Tver.
Le but premier d'Ivan le Grand, durant tout son règne, fut l'agrandissement du territoire de sa principauté au détriment des terres voisines et le renforcement de son autorité au détriment de celles des princes patrimoniaux.
La politique conquérante
Usant de la force, de la ruse et de liens matrimoniaux, Ivan parvient à annexer petit à petit les principautés patrimoniales. La dernière à être rattachée est Tver en
1485. Il élimine ses frères par la même occasion soit en les emprisonnant, soit tout simplement en les faisant assassiner. Les populations des principautés acceptent de bon coeur ces annexions.
En 1471, Ivan le Grand s'attaque à la principauté indépendante de Novgorod. Il prend prétexte d'un traité d'union avec la Lituanie pour lui déclarer la guerre. Par ce traité, Novgorod acceptait un gouverneur polono-lituanien et le respect des franchises promises par le roi Casimir IV de Pologne. L'armée novgorodienne est taillée en pièces sur les bords de la Chelogne. La ville doit renoncer à son projet avec la Lituanie et payer à Moscou une énorme contribution.
À Novgorod, il existe un parti qui désire le rattachement à la principauté de Moscou. En 1478, Ivan lance une nouvelle campagne. Cette fois, il veut purger la ville des partisans de la Lituanie. Il profite de sa prise pour l'annexer définitivement. 72 000 personnes qui lui sont supposément hostiles sont déportées vers la frontière orientale.
L'annexion de Novgorod a élargi la frontière de la Moscovie jusqu'à l'Océan Arctique.
Relations avec la Horde d’Or
Contrairement à ses prédécessseurs, Ivan le Grand adopte une politique agressive vis-à-vis ses voisins immédiats, la Horde d'Or et la Lituanie.
La Horde d'Or n'est plus le puissant empire qui faisait trembler ses voisins au XIVe siècle. Trois khanats se sont détachés de la Horde (Kazan, Astrakhan et la Crimée) et pratiquent une politique indépendante. Théoriquement, Ivan doit toujours payer tribut au grand khan mais, de fait, il n'en tient plus compte.
En 1480, le grand khan Ahmed décide de marcher sur Moscou. Ivan, qui a signé un traité d'aide mutuelle avec Mengli Giray, khan de Crimée, l'attend de pied ferme. Les deux armées prennent position sur l'Ougra et s'observent pendant plusieurs jours. Finalement, Ahmed préfère se retirer sans combattre. La dépendance de la Russie envers la Horde d'Or prend alors officiellement fin. Celle-ci sera anéantie en 1502 lors d'une guerre contre le khanat de Crimée. En 1487, Ivan lui-même s'était emparé du khanat de Kazan et avait placé à sa tête l'un de ses protégés.
Relations avec la Lituanie
En
1492, l'union polono-lituanienne est temporairement rompue lorsque meurt Casimir IV. Le trône lituanien est occupé par son fils Alexandre, celui de
Pologne par son autre fils Jean-Alfred. Cette même année, Ivan attaque la Lituanie, prenant prétexte les persécutions de prêtres orthodoxes. Par un traité signé en
1494, elle doit céder à Moscou les territoires situés sur le cours supérieur de l'
Oka. De plus, le grand-duc doit reconnaître à Ivan le titre de
souverain de toute la Russie. Celui-ci lui accorde la main de sa fille Elena.
Bientôt, Elena se plaint qu'on veuille lui forcer à renier sa foi orthodoxe. C'est de nouveau la guerre. En 1500, les armées moscovites, aidées des troupes tatares de Crimée et de Kazan, entrent en Lituanie, battent les troupes du grand-duc et s'enfoncent jusqu'en Pologne. En 1503, un armistice est signé. Ivan garde toutes ses conquêtes occidentales.
Moscou, la Troisième Rome
C'est en
1472 qu'Ivan le Grand épouse
Sophie Paléologue, nièce du dernier empereur byzantin, Constantin XI, tué lors de la prise de
Constantinople par les Turcs en
1453. Sophie était la fille de Thomas Paléologue, despote de Morée (Péloponnèse). À la mort de Thomas, elle s'est retrouvée sous la tutelle du pape. Celui-ci espère par ce mariage favoriser l'entrée de la Russie dans le giron catholique. Un nonce accompagne d'ailleurs la princesse mais le métropolite Philippe force le grand-prince Ivan III à lui refuser l'entrée dans Moscou. Il laisse cependant y pénétrer les artistes italiens qu'elle emmène. L'un d'eux, Aristote Firaventi, fut l'architecte de la cathédrale de l'Assomption au
Kremlin.
Le mariage d'Ivan et de Sophie est vu en Russie comme un symbole. Par sa présence, la nouvelle reine légitime Moscou dans sa prétention à être la Troisième Rome. Ivan adopte d'ailleurs comme armoiries l'aigle bicéphale de Byzance.
Parallèlement, Ivan III se construit à Moscou un pouvoir absolu sans précédent calqué sur celui des empereurs romains et byzantins, que les rois de France et d'Angleterre, à cette époque, ne possèdent même pas. La publication en 1497 du Soudiebnik, premier code de lois russe compilé par le scribe Vladimir Goussev, démontre clairement ce pouvoir que le souverain russe est en train de concentrer entre ses mains. De plus, les Italiens et les Grecs, arrivés avec Sophie, l'influencent dans la création d'un État centralisé et d'un gouvernement que l'on qualifiera très bientôt dautocratique.
Lorsque Ivan le Grand décède en 1505, la Russie est devenue le pays le plus puissant d'Europe orientale.
Bibliographie
Histoire de la Russie et de son empire, Michel Heller, Plon, 1997.