Marcel Michaud (
1898-
1958), écrivain et directeur de galerie d'avant-garde à
Lyon, fut de 1936 à 1939 l'animateur du groupe « Témoignage » qui réunit écrivains, musiciens, peintres (notamment
Jean Bertholle et
Jean Le Moal) et sculpteurs (
Étienne Martin et
François Stahly).
Biographie
Marcel Michaud nait le
24 janvier 1898 à Villefranche-sur-Saône. À la mort de son père en 1908, il quitte l'école et devient ouvrier outilleur. Installé à Lyon,il poursuit seul, le soir, des études secondaires. Engagé dans le milieu d'extrême gauche et les activités syndicales, il collabore à plusieurs journaux
libertaires. Travaillant ensuite aux établissements Robin, au classement puis aux opérations de douane, il est rapidement nommé directeur de secteur.
Avec l'écrivain Georges Navel Marcel Michaud fonde en 1919 le mouvement "Jeunesse ouvrière" et en 1921 une Université populaire. Il rencontre en 1924 le peintre Louis Thomas et le docteur Émile Malespine, avec qui il crée en 1926 le "Donjon Théâtre". En 1928 il part à Paris où il travaille dans le secteur automobile mais ne parvient pas à y installer sa famille et rentre à Lyon, publiant dans l'hebdomadaire ouvrier "L'Effort", entre 1929 et 1934, des critiques de de littérature, cinéma et arts pastiques, ainsi que des extraits de textes d'André Breton, d'Éluard et Le Corbusier. C'est alors qu'il entretient des rapports épistolaires avec Germaine Dulac, Marianne Oswald, Blaise Cendrars, rencontre Tony Garnier, se lie avec Albert Gleizes et Étienne Martin, prononce des conférences à la radio. En 1931 il effectue plusieurs voyages en Suisse, rencontre Moholy-Nagy et Le Corbusier puis noue en 1933 des contacts avec les milieux de recherches ésotériques (René Guénon, René Daumal, Le Grand Jeu). Ayant négocié à partir de 1933 un contrat d'importation des créations de Marcel Breuer et d'Alvar Aalto, il ouvre en mars 1934 à Lyon, au 43 rue de la Bourse, le magasin de meubles modernes "Stylclair" qui présente des réalisations, notamment, de Gropius, Le Corbusier, Charlotte Perriand, mais aussi des objets d'artisanat (tissus, poteries, tapis, verrerie).
En 1936 Marcel Michaud participe à la création du groupe Témoignage et à la rédaction de la revue "Le Poids du Monde". Effectuant de nombreux déplacements à Paris, il se lie avec les directeurs de galerie Pierre et Édouard Loeb, Yvonne et Christian Zervos, Kaganovitch, Kahnweiler, les peintres Picasso et Max Ernst, les poètes René Char et Francis Ponge. En 1938 Michaud ouvre au 23 rue Thomassin la galerie "Folklore" et expose les artistes de Témoignage, que René Breteau présente, en 1938 et 1939, à Paris. Tandis que le groupe se trouve dispersé durant la guerre, Michaud installe en 1941 sa galerie au 2 rue de Jussieu. Pendant l'Occupation, il abrite des oeuvres de plusieurs marchands israélites. Le quartier général des troupes allemandes installé au "Carlton", à côté de sa galerie, celle-ci se trouve expulsée en 1944 et déménage rue Terme.
La galerie "Folklore" retrouve ses locaux en 1945, avec l'aide notamment de Claudius-Petit et Marcel Michaud présente jusqu'en 1947 des expositions sous le signe de "Témoignage", substituant de nouveaux artistes au groupe fondateur, mais également, dans des expositions personnelles ou collectives, Gischia, Fougeron, Pignon, Singier, Tal Coat (1945), Bram van Velde (1946, 1949), Françoise Gilot (1953), et régulièrement Jean Couty. Il ouvre en 1946 à Paris la galerie MAI, qu'il dirige en collaboration jusqu'en 1951 puis participe à l'organisation de plusieurs expositions à Lyon et à de nombreuses émissions littéraires à Radio Lyon. Après la mort de Marcel Michaud en 1958, sa femme Jeanne Michaud gèrera la galerie "Folklore" jusqu'en 1968.
Les musées de Lyon et de Saint-Étienne conservent plusieurs oeuvres acquises auprès de Michaud (Braque, Picasso). Des oeuvres de plusieurs peintres ayant appartenu au groupe Témoignage sont plus particulièrement conservées au Musée des Beaux-Arts de Lyon, notamment de Bertholle ("La Spirale", 1939; "Corsaire", 1952; "Composition", 1953), Le Moal ("Personnage assis" 1936; "Composition à l'as de coeur", 1938; "Objets", 1950; "Composition picassique", 1955), Manessier ("La Jeune musicienne", 1943; "Angelus domini", 1947) et Étienne Martin ("La Sauterelle", 1933).
Citation
"Lyon, ville-capitale est rayée de la route des pélerins passionnés du monde. Pourquoi? - parce qu'au point de vue intellectuel et politique, depuis un quart de siècle règne dans cette ville une médiocrité omnipotente. À Lyon qualité = solitude. qualité = solitude, savez-vous ce que cela veut dire? mais NOUS NE NOUS TAIRONS PAS."
- Marcel Michaud, dans "Le Poids du Monde", n° 1, 1937, p. 4 (texte manuscrit)
Bibliographie sélective
: source utilisée pour la rédaction de cet article
- Groupe Témoignage, 1936-1943, Musée des Beaux-Arts, Lyon, 1976.
- Jean-Jacques Lévêque, Le Triomphe de l'art moderne, III, Les années folles, Éditions ACR.
- Marcel Michaud, Lyon, 1933-1958, Stylclair, Groupe Témoignage, Galerie Folklore, textes de Bernard Gavoty, Espace Lyonnais d'Art Contemporain, Lyon, 1989 (76 p.) (ISBN 2906709271).
- Jean-Jacques Lerrant, Marcel Michaud, découvreur de talents, dans "Le Monde", 14-15 mai 1989.
- Alain Vollerin, Le groupe Témoignage de Lyon, Mémoire des Arts, Lyon, 2001 (120 p.) (ISBN 2952444165).