(Neuf Sœurs) Les Neuf Soeurs est le nom d'une Loge maçonnique française qui eut une influence particulière dans l'organisation du soutien français à la Révolution américaine.
Généralités
La loge fut fondée en
1776 par Jérôme de Lalande, avec le soutien d'Anne-Catherine de Ligniville Helvétius. Une « Société des neuf soeurs » fut active au sein de l'Académie royale des sciences de Paris dès
1769, en tant que société charitable « inspirée par les
Muses ». Les neuf soeurs sont les filles de
Mnémosyne, ou la mémoire. Le rôle traditionnel des Muses en tant que patronnes des arts et des sciences remonte à l'antiquité ; leur influence fut toujours importante dans les cercles culturels français.
Pendant la Révolution française, l'Académie royale des sciences fut réorganisée et « épurée » de l'influence de la noblesse. Deux membres de la loge, Antoine Laurent de Jussieu et Gilbert Romme, en collaboration avec Henri Grégoire, participèrent à l'organisation d'une Société libre des Sciences, Belles lettres et Arts pour financer ce qui était devenu l'Institut de France et préserver l'influence des Neuf Soeurs.
Au début de la Révolution, les Neuf Soeurs devinrent Société nationale et subsista jusqu'en 1792. Elle se reconstitua en 1805 et poursuivit ses travaux jusqu'en 1848, avec une interruption entre 1829 et 1836, mais ne parvint jamais à retrouver l'éclat de sa première décennie.
Les « Vénérables » successifs de la première décennie furent : Benjamin Franklin (1779-1781), le Adrien-Nicolas La Salle (1781-1783), Nicolas-Christiern de Thy de Milly (1783-1784), Charles-Marguerite-Jean-Baptiste Mercier Dupaty (1784), Léonce Élie de Beaumont (1784-1785), Claude-Emmanuel de Pastoret (1788-1789).
Les Américains
En
1778, l'année où
Voltaire devint membre honoraire des Neuf Soeurs, Benjamin Franklin et John Paul Jones y furent également admis. Benjamin Franklin fut élu vénérable maître de la loge en
1779, puis réélu en
1780. Quand, après un long travail d'influence en Europe, il revint en Amérique pour participer à la rédaction de la Constitution, sa place d'émissaire des États-Unis fut prise par
Thomas Jefferson, l'auteur de la déclaration d'indépendance des États-Unis, en compagnie de son ami
John Adams.
Jean-Antoine Houdon, membre des Neuf Soeurs, ajouta le buste de Jefferson à la longue liste de ses sculptures, qui comprenait déjà celle de Franklin et du Marquis de La Fayette. Jefferson persuada Houdon de réaliser la statue de George Washington, pour laquelle il fit le voyage en Amérique en 1785.
Pendant que Jefferson résidait à Paris, à la Maison des Feuillants, son voisin était Jean-François Marmontel, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, lui aussi membre de la loge. À cette même époque, John Adams, l'ami de Jefferson était le voisin, à Auteuil, de la veuve d'Helvétius, qui tenait le salon appelé le « cercle d'Auteuil ». La correspondance de Thomas Jefferson avec Jean-Nicolas Démeunier, autre membre de la loge, est particulièrement intéressante dans l'étude de la propagation en Europe des idées favorables à la Révolution américaine.
Le cercle d'Auteuil
Le cercle d'Auteuil était le nom du salon tenu par Mme Helvétius, Anne Catherine de Ligniville d'Autricourt (1719-1800) dans lequel débattirent la plupart des plus célèbres penseurs des Lumières. Outre ses invités américains, elle y reçut d'Alembert,
Denis Diderot, d'Holbach, Chamfort, Mirabeau, Condillac,
Volney, Garat,
Condorcet, Turgot, et Cabanis, qu'elle considéra comme son fils et qui resta à Auteuil après son décès, en 1800, pour maintenir vivant l'esprit du cercle.
Les membres du cercle n'étaient cependant pas tous membres des Neuf Soeurs. En particulier, il n'a jamais été démontré que Condorcet ait été membre de la loge.
Les idéologues
Les Neuf Soeurs et le cercle d'Auteuil perdirent beaucoup de leurs membres sous la Terreur. Parmi ceux qui survécurent, Destutt de Tracy fut libéré presque sur les marches de la guillotine.
Dominique Joseph Garat, Volney, Pierre-Jean-Georges Cabanis, Pierre-Louis Ginguené et Destutt de Tracy animèrent le cours de sciences politiques et morales à l'Institut.
Pierre-Louis Ginguené publia son journal La Décade philosophique. Destutt de Tracy forgea le mot « Idéologie » pour désigner leur philosophie.
Napoléon Bonaparte, qui n'appréciait pas l'indépendance intellectuelle des idéologues, fit fermer en 1803 le cours de sciences morales et politiques. « C'est une guerre ouverte déclarée à notre science bien-aimée », écrivit Cabanis à Maine de Biran. Napoléon reconnut plus tard la main du cercle d'Auteuil dans l'opposition de Maine de Biran à sa politique en 1813.
Membres
- Voltaire (1694-1778)
- Benjamin Franklin (1706-1790)
- John Paul Jones (1747-1792)
- Jean-Nicolas Démeunier (1751-1814)
- Claude-Emmanuel de Pastoret (1755-1840)
- Antoine Court de Gébelin (1725-1784)
- Camille Desmoulins (1760-1784)
- Louis-Marcelin de Fontanes (1757-1821)
- François de Neufchâteau (1750-1828)
- Jean-Baptiste Greuze (1725-1805)
- Jean-Antoine Houdon (1741-1828)
- Nicolas Dalayrac (1753-1809)
- Bernard Germain de Lacépède (1756-1825)
- Carle Vernet (1758-1835)
- Jean-François Marmontel (1723-1799)
- Pierre-Louis Guinguené (1748-1815)
- Jacques Montgolfier (1745-1799)
- Niccolò Vito Piccinni (1728-1800)
- Emmanuel Joseph Sieyès (1748-1836)
- Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort (1741-1794)
- Joseph Ignace Guillotin (1738-1794)
- Dominique Joseph Garat (1749-1833)
- Pierre Jean Georges Cabanis (1757-1808)
- Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande (1732-1807)
- Nicolas Bricaire de la Dixmerie (1731?-1791)
- Nicolas Roze (1745-1819)
- Augustin Pajou (1730 - 1809)
Bibliographie
- Louis Amiable, Une loge maçonnique d'avant 1789, la loge des Neuf Soeurs, Les Éditions Maçonnique de France, Paris 1989
- Howard C. Rice, Jr., Thomas Jefferson's Paris, Princeton : Princeton University Press, 1976
- Roger C. Hahn, The anatomy of a scientific institution: 1666-1803, the Paris Academy of Sciences, Berkeley : University of California Press, 1971
- Roger C. Hahn, « Quelques nouveaux documents sur Jean Silvain Bailly » in Revue d'histoire des sciences, VIII, pp.338-353, Paris, 1955
- Daniel Ligou, ed. Dictionnaire de la franc-maçonnerie" (Paris : Presses universitaires de France, 1987)
- De La Valette-Mombrun, Maine de Biran (1766-1824), Paris, 1914
- J.A.C. Sykes France in 1802 William Heinemann, London, 1906
Notes et références
Article connexe
- Franc-maçonnerie en France
Liens externes