Sainte Sarah ou
Sainte Sara, connue aussi sous le nom de Sara-la-Kali (Sara la Noire), est une
sainte vénérée par les
Rroms à Saintes-Maries-de-la-Mer en
Camargue. Une légende fait d'elle la servante des
Maries honorées par la commune. Une autre légende la tient pour une
païenne de haute naissance, convertie à la religion d'
Abraham.
Tradition
Sainte Sarah viendrait de Haute-
Égypte et serait la servante noire de
Marie Salomé et
Marie Jacobé ; après la
Crucifixion de
Jésus, Marie-Salomé, Marie Jacob et
Marie Madeleine auraient dérivé sur une barque vers la côté française, au lieu dit "Oppidum-Râ", ou Notre-Dame-de-Ratis (Râ devenant Ratis, ou barque) (Droit, 1961, 19); le nom passant à Notre-Dame-del-la-Mer, puis Les Saintes-Maries-de-la-Mer en 1838. D'autres versions de la légende incluent
Joseph d'Arimathie, le porteur du saint
Graal. En France, le jour officiel de leur pélerinage est le 24 mai. La fête de sainte Sarah est le
19 août. Sa statue est tirée de la mer pour rejouer son arrivée en France. Le film de
Tony Gatlif,
Latcho Drom (1993) montre cette cérémonie annuelle.
Histoire
Bien que la tradition des Maries soit assez ancienne (elle apparaît dans la
Légende dorée du
XIIIe siècle), Sarah n'apparaît pas avant
1521 dans
La Légende des Saintes-Maries de Vincent Philippon. Le culte de Sainte Sarah ne connaît pas de traces avant 1800.
Possibles influences
Sarah-la-Kali (Sarah la noire) rappelle bien sûr la
déesse indienne Kâlî (Bhadrakali, Uma, Durga, et Syama) (Fonseca, 1995, 106-107). Cette appellation concorde avec l'hypothèse de la provenance indienne des Rroms vers le
IXe siècle. Elle serait alors une manifestation syncrétique et christianisée de Kali.
Durga, autre nom de Kali, déesse de la création, de la maladie et de la mort, pourvue d'un visage noir, est aussi immergée dans l'eau tous les ans en Inde. (Weyrauch, 2001, 262)
Sarah la noire rappelle aussi le culte de la Vierge noire, avec qui elle est parfois confondue.
D'après Franz de Ville (Tziganes, Bruxelles 1956), Sarah était Rrom :
L'un des premiers membres de notre peuple à recevoir la première Révélation fut Sarah la Kali. Elle était de naissance noble et dirigeait sa tribu sur les rives du Rhône. Elle connaissait les secrets qui lui avaient été transmis... Les Roms à cette période pratiquaient une religion polythéiste, et une fois par an ils portaient sur leurs épaules la statue d'Ishtar (Astarté) et allaient dans la mer pour y recevoir sa bénédiction. Un jour, Sarah eut une vision qui l'informa que les saintes présentes à la mort de Jésus allaient venir, et qu'elle devait les aider. Sarah les vit arriver sur leur embarcation. La mer était agitée, et le bateau menaçait de se renverser. Marie Salomé jeta son manteau sur les vagues et, l'utilisant comme un radeau, Sarah flotta vers les saintes et les aida à atteindre la terre ferme par la prière.
D'après la tradition, le bateau transportait Marie Salomé, femme de
Zébédée et mère de
Jean et Jacques le Majeur;
Marie Jacobé, femme de
Cléophas, mère de l'apôtre
Jacques le Mineur, et possible cousine de la
Vierge Marie;
Marie Madeleine; Sainte Sarah;
Lazare;
Marthe, la soeur de Lazare;
Saint Maximin.
Références
- Droit, Michel, La Carmague, B. Arthaud, 1961.
- Fonseca, Isabel, Enterrez-moi debout : l'odyssée des Tziganes, Albin Michel, Paris, 2003.
- Kinsley, David R. (1988). Hindu Goddesses: Visions of the Divine Feminine in the Hindu Religious Tradition. Berkeley: University of California Press.
- Lee, Ronald, "The Rom-Vlach Gypsies and the Kris-Romani" In Walter O. Weyrauch (ed.) Gypsy Law: Romani Legal Traditions and Culture, Berkeley, University of California Press, 2001.
- McDowell, Bart, Les Tziganes, éternels voyageurs du monde, Flammarion, 1979.
- Weyrauch, Walter, "Oral Legal Traditions of Gypsies" In Walter O. Weyrauch (ed.) Gypsy Law: Romani Legal Traditions and Culture, Berkeley, University of California Press, 2001.
Liens externes