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Plus que Dante avec Béatrice, Pétrarque est passé à la postérité pour la perfection de sa poésie qui rime son amour pour Laure. Et pour beaucoup, l'ensemble de sa gloire, l'essentiel de sa renommée, la portée de son influence, tant stylistique que linguistique, tient uniquement à un volume, son immortel Canzoniere.
« Le lundi 20 juillet de l’an 1304, au lever de l’aurore, dans un faubourg d’Arezzo appelé l’Horto, je naquis, en exil, de parents honnêtes, Florentins de naissance et d’une fortune qui touchait à la pauvreté. » - Pétrarque, Epistola ad Posteros, (Épître à la Postérité)
Fils du notaire Pietro di Parenzo, il passa son enfance dans le village de Incisa in Val d'Arno, proche de Florence car son père avait été banni par les Guelfes noirs de la cité florentine en 1302, en raison de ses liens politiques avec Dante. Le notaire et sa famille rejoignirent ensuite Pise puis Marseille et le Comtat Venaissin.
On sait que pour payer ses études, son père donnait chaque année au recteur du collège quatorze éminées de blé et que le futur poète devait apporter son vase à vin et son gobelet pour boire au cours des repas. À Carpentras, le jeune Pétrarque vécu un moment important. Il assista, le 1er mai 1314, à l’arrivée du Sacré Collège venu élire un nouveau pape. Les vingt-trois cardinaux – dont quinze cisalpins et huit transalpins – entrèrent en conclave puis durent se disperser face à l’attaque armée des Gascons de la famille de Clément V, le pape défunt.
« Je me rendis à Montpellier, où je consacrai quatre années à l'étude des lois ; puis à Bologne, où pendant trois ans, j'entendis expliquer tout le corps du droit civil. » - Épitre à la Postérité.
Il y arriva à Montpellier au cours de l'automne 1316 et y apprécia son séjour estudiantin si l'on en croit cette confidence épistolaire :
« Là bas aussi, quelle tranquillité, avions-nous, quelle paix, quelle abondance, quelle affluence d'étudiants, quels maîtres ! » - Pétrarque, Lettres familières aux amis
Pourtant, ce fut dans cette cité universitaire que, quelques années plus tard, se déroula un drame. En 1320, son père brûla ses livres. Lui et son cadet Gérard partirent alors continuer leurs études à Bologne, le plus grand centre européen d'études juridiques.
Ce fut là, dès l'automne 1320, que le jeune homme prit conscience de la naissance d'une nouvelle forme de poésie écrite, non plus en latin, mais en langue vulgaire, le plus souvent le toscan.
Les deux frères ne revinrent à Avignon qu’à la mort de leur père abandonnant leurs études de droit. François, âgé de 22 ans, attiré par la Cour pontificale s’y installe en avril 1326. L'héritage paternel, bien écorné, permit aux deux frères de mener pendant quelques mois une vie insouciante et mondaine.
« Là, je commençai à être connu et mon amitié fut recherchée par de grands personnages. Pourquoi ? J'avoue maintenant que je l'ignore et que cela m'étonne ; il est vrai qu'alors cela ne m'étonnait pas, car selon la coutume de la jeunesse, je me croyais très digne de tous les honneurs. » - Épître à la Postérité.
François, qui est devenu l'ami de Giacomo Colonna, se fait effectivement remarquer par son élégance, sa prestance et son éloquence avant de se faire admirer par ses talents poétiques. En effet, le jeune homme qui a abandonné définitivement le droit s'adonne dès lors à une activité littéraire.
« Le talent qu'il va démontrer dans ces exercices poétiques et le raffinement de sa personne lui permettent d'acquérir rapidement, dans cette société courtoise, une réputation prometteuse ».
Mais pour continuer à satisfaire autant leurs besoins que leurs ambitions, les deux frères doivent s'assurer des revenus réguliers. C'est sans nul doute ce qui les amène à reçoivoir les ordres mineurs, seule possibilité de percevoir des revenus ecclésiastiques.
En 1330, François rejoint son ami Giacomo, devenu évêque de Lombez où il retrouve son frère Gherardo, devenu chanoine, ainsi que deux autres de ses amis Lello et Luigi di Campina et, de retour dans la cité papale, il entre au service du cardinal Giovanni Colonna.
Mais il ne se plaît point à Avignon, la cité des papes lui semblant être une nouvelle Babylone. Il déverse sur elle les pires calomnies et médisances. Pour lui Avignon est « l’enfer des vivants, l’égout de la terre, la plus puante des villes », « la patrie des larves et des lémures », « la ville la plus ennuyeuse du monde » ou bien « le triste foyer de tous les vices, de toutes les calamités et de toutes les misères ». Il ajoute même que « La Cour d’Avignon est un gouffre dévorant que rien ne peut combler ». Enfin, il a cette formule qui fit florès « Avignon, sentine de tous les vices ».
Il cloue au pilori un de ceux-ci qui « pèse de tout son poids sur les malheureuses chèvres et ne dédaigne aucun accouplement », dénonce son alter ego qui « trouble tous les enclos et ne laisse aucune chèvre dormir tranquillement pendant la nuit somnifère », fustige un autre qui « n'épargne pas les tendres chevreaux ».
Il s'attaque en particulier à « un petit vieillard capable de féconder tous les animaux. Il avait la lascivité d'un bouc ou s'il y a quelques chose de plus lascif et de plus puant qu'un bouc ». Pour que ses contemporains l'identifient avec précision, Pétrarque indique qu'il avait dépassé sa soixante-dixième année, qu'il ne lui restait plus que sept dents, qu'il avait la tête blanche et chauve et qu'il était si bègue qu'on ne pouvait le comprendre.
Puis, il narre à son sujet un épisode tragi-comique. Le barbon dût, alors qu'il était dans le plus simple appareil, coiffer son chapeau de cardinal pour convaincre une jeune prostituée effarouchée qu'il était membre du Sacré Collège.
Et le poète de conclure :
« Ainsi ce vétéran de Cupidon, consacré à Bacchus et à Vénus, triompha de ses amours, non en armes, mais en robe et en chapeau. Applaudissez, la farce est jouée. »
« Laure, célèbre par sa vertu et longuement chantée par mes poèmes, apparut à mes regards pour la première fois au temps de ma jeunesse en fleurs, l’an du Seigneur 1327, le 6 avril, à l’église de Sainte-Claire d’Avignon, dans la matinée. »
Laure de Sade venait d'avoir dix-neuf ans et Pétrarque un coup de foudre. Un évènement banal qui allait pourtant, par la grâce du génie d’un poète, entrer dans l’histoire de la littérature mondiale. Il allait, en effet, la chanter et la célébrer comme jamais aucun poète ne l’avait fait depuis le temps des troubadours.
Fidèle aux règles de lAmour Courtois, le poète donne peu de renseignements sur Laure. Il précise seulement que sa démarche n'avait rien de mortel, que sa bien-aimée avait la forme d'un ange et que ses paroles avait un autre son que la voix humaine.
Il en conclut :
« Moi qui avait au coeur l'étincelle amoureuse, quoi détonnant si je m'enflammais tout à coup. »
Depuis quelques années, une nouvelle campagne « négationiste » a été développée par certains pétrarquistes. Pour eux, il faut que Laure n'est point existé charnellement et qu'elle soit réduite, si l'on en croit leurs subtiles analyses, à un simple mythe poétique. Le plus acharné est Nicholas Mann qui nie en bloc et l'existence même de Laure et la véracité, nous le verrons plus loin, de l'ascension du Ventoux par le poète.
C'est cette année-là que Pétrarque rencontre le maître qui, à sa demande, réalise pour lui deux médaillons à son effigie et à celle de Laure. Un an plus tard, le poète accompagna le dauphin Humbert II lors de son pèlerinage à la Sainte-Baume. En cette année 1337, à Avignon, naît Giovanni, son fils naturel. L’évènement eut assez de retentissement pour qu’à Naples, la reine Jeanne commanditât quelques décennies plus tard une fresque représentant le baptême du fils de Pétrarque en présence de Laure.
Son cadet le rejoignit dans le Comtat Venaissin en 1336. Là, le 26 avril, François et Gérard firent l’ascension du Mont Ventoux. Le poète décrivit sa randonnée de Malaucène jusqu’au sommet à François Denis de Borgo San Sepolchro. Certains auteurs ont mis en doute la date de cette montée. Pour étayer leur thèse, les adversaires de la réalité de la montée du Ventoux, en 1336, ont été obligés de déplacer la date de l'ascension après 1350, période où effectivement, pendant un demi-siècle, les accidents climatiques se succédèrent. Ce qui leur permet d'expliquer que dans de telles conditions ce périple était impossible à réaliser au printemps 1353. et parlé d’une recherche uniquement mystique.
Personne aujourd'hui ne nie que la lettre relatant la montée du Ventoux n'est pas la relation primitive que Pétrarque fit à son confesseur. Si elle a été réécrite par le poète pour mieux passer à la postérité, cela ne peut servir d'argument pour expliquer que cette ascension n'eut pas lieu.
C'est bien pourtant la voie dans laquelle s'est lancé Nicholas Mann, un professeur d'histoire de la tradition antique au Warbourg Institute de l'Université de Londres. Indiquant que « la lettre ne prit sa forme définitive qu'en 1353 », il glose :
« Dix-sept ans plus tard, l'excursion d'une journée était devenue un programme pour la vie. Même, si au bout du compte, Pétrarque n'escalada jamais le mont Ventoux, la chaleur du récit qu'il en tira est autant littéraire que morale : la difficulté d'adapter le chemin le plus escarpé qui mène au bien ».
Des arguments bien différents en faveur de la réalité de cette montée ont été apportés dès 1937, année où Pierre Julian a fait paraître une traduction du texte latin de François Pétrarque sur L'ascension du Mont Ventoux suivie d'un essai de reconstitution de l'itinéraire du poète par Pierre de Champeville. En dépit du peu d'indications géographiques données, il en existe une essentielle. Le poète signale s'être reposé au pied de la Filiole.
Cette dénomination désigne toujours un ensemble toponymique qui comprend un piton dominant la combe la plus haute et la plus importante du Ventoux qui part du Col des Tempêtes et descend jusqu'au Jas de la Couinche. Cette combe est aujourd'hui dite Combe Fiole. Sa désignation a été, à l'évidence, faite par le berger qui guidait les deux frères.. Elle est largement suffisante, à moins de traiter le poète de menteur, pour prouver qu'il a atteint au moins ce point précis dans son ascension situé à quelques centaines de mètres du sommet.
Dans son essai de reconstitution de l'itinéraire des frères Pétrarque, l'alpiniste Pierre de Champeville suppose qu'après Les Ramayettes, à la différence de la route qui emprunte à partir de là le flanc nord, ils ont parcouru la face méridionale moins boisée et plus accessible de l'ubac.
Il a non seulement la volonté mais aussi l'opportunité et aussi les moyens de mettre en oeuvre cette révolution culturelle. right de Brescia, datée vers 1464]] Sa notoriété de poète et d'homme de lettres désormais reconnue, ses contacts avec la Curie qui lui ouvre ses portes, le soutien efficace de la famille Colonna, lui permettent de rencontrer tous les érudits, lettrés et savants qui se rendent dans la cité papale. À titre d'exemple, sous le pontificat de Benoît XII, Pétrarque apprit la langue grecque grâce à un grec calabrais, le basilien Barlaam, évêque de Saint-Sauveur, venu à Avignon avec le Vénitien Étienne Pandolo, en tant qu'ambassadeurs du basileus Andronic III Paléologue afin de tenter de mettre un terme au schisme entre les Églises orthodoxe et catholique. La condition était que les armées «franques » vinssent soutenir l’empire byzantin contre la poussée turque, les arguties réciproques firent capoter cette ambassade. L’évêque Barlaam, de retour à Constantinople, en butte aux persécutions quiétistes, préféra revenir en Avignon où il se lia d’amitié avec Pétrarque..
Il crée, au cours de ces rencontres, un réseau culturel qui couvre l'Europe et se prolonge même en Orient. Pétrarque demanda à ses relations et amis qui partageaient le même idéal humaniste que lui de l'aider à retrouver dans leur pays, leur provinces, les textes latins des anciens que pouvaient posséder les bibliothèques des abbayes, des particuliers ou des villes.
Ses voyages lui permettent de retrouver quelques textes majeurs tombés dans l'oubli. C'est à Liège qu'il découvre le Pro Archia de Cicéron, à Vérone, les Lettres à Atticus du même. Et un séjour à Paris lui permet de retrouver les poèmes élégiaques de Properce.
Dans un souci constant de restituer le texte le plus authentique, il soumet ces manuscrits à un minutieux travail philologique et leur apporte des corrections par rapprochements avec d'autres manuscrits.
C'est ainsi qu'à partir de fragments, il recompose la première et la quatrième décade de lHistoire Romaine de Tite-Live et qu'il restaure certains textes de Virgile.
Ces manuscrits, qu'il accumule dans sa propre bibliothèque, vont en sortir sous forme de copies et devenir ainsi accessible au plus grand nombre.
Il resta en tout seize années à Vaucluse. Le poète dira lui-même :
« Ici j’ai fait ma Rome, mon Athènes, ma patrie »
Dans l'une de ses lettres à l'évêque de Cavaillon, Pétrarque explique les raisons de son amour pour la Vallis Clausa :
« Exilé d'Italie par les fureurs civiles, je suis venu ici, moitié libre, moitié contraint. Que d'autres aiment les richesses, moi j'aspire à une vie tranquille, il me suffit d'être poète. Que la fortune me conserve, si elle peut, mon petit champ, mon humble toit et mes livres chéris ; qu'elle garde le reste. Les muses, revenues de l'exil, habitent avec moi dans cet asile chéri. »
Dans ses Familiarum rerum, il nota :
« Aucun endroit ne convient mieux à mes études. Enfant, j'ai visité Vaucluse, jeune homme j'y revins et cette vallée charmante me réchauffa le coeur dans son sein exposé au soleil ; homme fait, j'ai passé doucement à Vaucluse mes meilleures années et les instants les plus heureux de ma vie. Vieillard, c'est à Vaucluse que je veux mourir dans vos bras. »
Il y revient encore dans son Épitre à la Postérité :
« Je rencontrai une vallée très étroite mais solitaire et agréable, nommé Vaucluse, à quelques milles d'Avignon, où la reine de toutes les fontaines, la Sorgue, prend sa source. Séduit par l'agrément du lieu, j'y transportai mes livres et ma personne. »
L’année 1351 marqua le commencement des trois séjours consécutifs du poète à Vaucluse. Au cours de ces trois années, où il fustigea les moeurs de la Cour pontificale d’Avignon, il composa ses traités Secretum meum et De atio religioso.
La somme de travail qu'il accumula est impressionnante, le poète le reconnaît lui-même :
« En résumé, presque tous les opuscules qui sont sortis de ma plume (et le nombre est si grand qu'ils m'occupent et me fatiguent encore jusqu'à cet âge) ont été faits, commencés et conçus ici. » - Épître à la Postérité
Ce qui est certain, c’est que François, rêvant et travaillant sur les rives de la Sorgue, cultivait autant ses amours (platoniques) pour Laure que sa réputation (bien établie) de poète. En dépit de sa gloire, il revint toujours à son séjour de prédilection. Il y organisa sa vie et écrivit à Francesco Nelli, prieur de l'église des Saints-Apôtres à Florence :
« J'ai acquis là deux jardins qui conviennent on ne peut mieux à mes goûts et à mon plan de vie. J'appelle ordinairement l'un de ces jardins mon Hélicon transalpin, garni d'ombrages, il n'est propre qu'à l'étude et il est consacré à notre Apollon. L'autre jardin, plus voisin de la maison et plus cultivé, est cher à Bacchus. »
Pétrarque, comblé d’honneurs, cultivait donc conjointement sa muse et ses vignes.
Le Sénat romain lui fit la même proposition. Pétrarque avait donc le choix entre Paris et Rome. S’il opta pour la Ville Éternelle ce fut avant tout pour être honoré par Robert d’Anjou, roi de Naples et comte de Provence. Car expliqua-t-il « Le roi de Sicile est le seul que j’accepterai volontiers parmi les mortels comme juge de mes talents »..
Ce fut au cours de l’année 1341 que Pétrarque quitta momentanément sa retraite de Vaucluse et sa chère fontaine, pour se rendre en Italie. Le Vauclusien fut d’abord accueilli, en mars, par le roi Robert à Naples qui allait juger s’il était digne d’être couronné des lauriers d’Apollon.
Durant trois jours Pétrarque se soumit publiquement à son jugement. Le premier jour, il discourut longuement sur l’utilité de la poésie ; le second, le roi l’interrogea sur des sujets allant de la métaphysique aux phénomènes naturels, de la vie des grands hommes à ses voyages à Paris ; le troisième, après lecture de quelques extraits de l’Africa, le souverain le déclara digne des lauriers et proclama « Nous l’engageons dans notre maison pour qu’il soit possesseur et jouisse des honneurs et privilèges que possèdent les autres familiers, après avoir prononcé le serment d’usage ». Ce que Pétrarque fit avec joie. Et le poète vauclusien proclama haut et fort :
« Heureuse Naples, à qui il est échu, par un singulier don de la Fortune, de posséder l’ornement unique de notre siècle ! Heureuse Naples, et digne d’envie, siège très auguste des Lettres ; toi qui parut déjà douce à Virgile, combien dois-tu le sembler davantage maintenant que réside en tes murs un juge si sage des études et des talents ». »
Dès lors, il fut porté aux nues par tout ce que l’Occident comptait de lettrés.
Mais ces lauriers si désirés déçurent rapidement le poète vauclusien. « Cette couronne n’a servi qu’à me faire connaître et me faire persécuter » écrivit-il à l’un de ses amis. Il confiera à un autre « Le laurier ne m’a porté aucune lumière, mais m’a attiré beaucoup d’envie ». François Pétrarque adorait égratigner mais ne supportait pas de l’être.
Un an plus tard, il arrivait à Avignon à la tête d’une ambassade italienne. Le tribun et le poète ne purent que sympathiser. Ne venait-il pas demander au Souverain Pontife de quitter Avignon pour Rome ? Lors de sa réponse, le pape ne daigna pas aborder ce sujet mais accorda aux Romains un jubilé pour l’année 1350. Déçu, le poète retourna à sa chère maison de Vallis Closa ruminer contre Clément quelques acerbes clémentines.
Le pape le sortit rapidement de sa réserve et le chargea d’une ambassade à Naples au cours de ce mois de septembre 1343. Arrivé sur place, il constata que le Royaume était comme « un navire que ses pilotes conduisaient au naufrage, un édifice ruiné soutenu par le seul évêque de Cavaillon ». Pétrarque dénonça à Clément VI la camarilla qui entourait Jeanne et mit particulièrement en cause un certain fra Roberto qu’il accusa d’être responsable de la décrépitude de la Cour napolitaine. Un an plus tard, le poète vauclusien, retourné à ses chères études, commença la rédaction des quatre livres de Rerum Memorandorum. Il reprit foi dans le devenir de Rome quand, en 1347, Rienzo se fit élire Tribun. Pétrarque rompit alors avec le cardinal Giovanni Colonna et partit rejoindre la Ville Éternelle pour le soutenir.
La déception fut à la hauteur de l’espoir. Chassé de Rome le 15 décembre 1347, aux cris de « Mort au tyran », Rienzo fut contraint de se réfugier chez les franciscains spirituels puis à Prague auprès de l'empereur Charles IV de Luxembourg. Celui-ci le fit incarcérer puis l'envoya à Avignon, où il fut emmuré pendant un an au Palais des Papes dans la Tour du Trouillas.
Pétrarque commença à se poser des questions sur celui en qui il voyait l'homme providentiel capable de faire renaître la splendeur de la Rome antique. Il écrivit à son ami Francesco Nelli :
« Nicolas Rienzi est venu dernièrement à la Curie, pour mieux dire, il n'est pas venu, il y a été amené prisonnier. Jadis tribun redouté de la ville de Rome, il est maintenant le plus malheureux de tous les hommes. Et pour comble d'infortune, je ne sais s'il n'est pas aussi peu digne de pitié qu'il est malheureux, lui, qui ayant pu mourir avec tant de gloire au Capitole, a a suporté à sa grande honte et à celle de la République romaine d'être enfermé dans la prison d'un Bohème puis dans celle d'un Limousin. »
Un an plus tard, il envoie une lettre à Rienzo dans laquelle il put lire : « Vous me ferez dire ce que Cicéron disait à Brutus : Je rougis de vous ».
Incarcéré à Avignon, Rienzo resta prisonnier jusqu’au 3 août 1353. Rappelé à Rome par le cardinal Gil Álvarez Carrillo de Albornoz, il n'échappa à son destin et mourut lors d'une nouvelle émeute du peuple romain.
Des poèmes qui allaient faire pendant des siècles le tour de l’Europe entière. Grâce à eux, Laure et Pétrarque entraient dans le légendaire amoureux au même titre que Tristan et Iseut ou Roméo et Juliette. L’impossible amour de Messer Francesco pour Madonna Laura avait, de toute éternité, trouvé son cadre sur les rives de la Sorgue. Il avait suffi de la magie d’une rencontre pour que le génie d’un des plus grands poètes puisse le magnifier.
« Illustre rejeton de notre patrie, il y a longtemps que votre renommée a frappé nos oreilles et remué nos âmes. Le succès de vos études et cet art admirable dans lequel vous excellez, vous ont valu le laurier qui ceint votre front et vous rendent digne de servir de modèle et d’encouragement à la postérité. Vous trouverez dans les coeurs de vos compatriotes tous les sentiments de respect et d’affection auxquels vous avez tant de droit. Mais afin qu’il n’y ait rien dans votre patrie qui désormais puisse encore vous blesser, nous vous accordons, de notre propre libéralité et par un mouvement de tendresse paternelle, les champs jadis ravis à vos ancêtres, qui viennent d’être rachetés des domaines publics. Le don est faible en lui-même, sans doute, et peu proportionné à ceux que vous méritez, mais vous l’apprécierez davantage, si vous avez égard à nos lois, à nos usages, et si vous vous rappelez tous ceux qui n’ont pu obtenir une semblable faveur. Vous pouvez donc, à l’avenir, habiter dans cette ville qui est votre patrie. »
Pétrarque répondit négativement :
« J’ai assez vécu, mes chers compatriotes, suivant l’axiome du sage, qu’il faut mourir quand on n’a plus rien à désirer… Hommes illustres et généreux, si j’avais été auprès de vous, aurais-je pu solliciter rien de plus que ce que vous m’avez accordé en mon absence, et lorsque je ne le sollicitais pas ! Comblé de vos faveurs, j’oserais m’approprier la réponse que fit Auguste au Sénat, en versant des larmes : Arrivé au comble de mes voeux, que puis-je demander aux dieux si ce n’est que votre bonne volonté dure autant que ma vie ! Jean Boccace, interprète de votre volonté et porteur de vos ordres, vous dira combien je désire vous obéir et quels sont mes projets pour mon retour. Je les lui ai confiés. En vous remettant cette lettre, il vous fera connaître mes sentiments ; je vous prie de croire à ses paroles comme si je vous parlais moi-même. Fasse le ciel que votre république soit toujours florissante. »
Et il ne retourna jamais à Florence.
Il avait décidé de s’établir à Milan au service des Visconti. Avant de retourner en Italie, en passant par Montgenèvre, il s’arrêta à la Chartreuse de Montrieux pour y rencontrer son frère Gérard. Il venait de quitter le village de Vaucluse au bon moment. En effet, le jour de Noël 1353, une bande de pillards pénétra dans la Vallis Clausa et la maison du poète fut brûlée. 200px
À son retour, son fils Giovanni venait de mourir de la peste. Il quitta les Visconti et se réfugia à Padoue. Le poète se rendit ensuite à Venise, en 1362, où il fut accueilli par le doge Lorenzo Celsi. Il allait y rester cinq ans pour terminer De Remediis et Familiari ainsi que son recueil Senili. Au cours de ce séjour, pour répondre aux attaques de jeunes vénitiens averroïstes, il composa De sui ipsius et maltorum ignorantia.
Ce fut là qu’il apprit l’entrée triomphale d’Urbain V dans Rome le 16 octobre 1367. Pétrarque afficha une joie sans détour. Il en fit part à son ami Francisco Bruni « Jamais mes paroles n’ont égalé ce que je pense de ce pontife. Je lui ai fait des reproches que je croyais justes, mais je ne l’ai pas loué comme je voulais. Mon style a été vaincu par ses mérites. Ce n’est point l’homme que je célèbre, c’est cette vertu que j’aime et que j’admire avec étonnement. »
Le 30 mai 1368, Urbain V décréta Barnabò Visconti coupable de révolte contre l’Église et prêcha la croisade contre lui. Le pape désirait que Charles de Luxembourg en prenne la tête. Pétrarque quitta Arqua pour se rendre à Udine auprès de l’empereur et participer à la guerre contre les Visconti.
Deux ans plus tard, alors qu’il se rendait à Rome auprès d’Urbain V, une syncope frappa le poète. Le 4 avril 1370, il dut rédiger son testament.
Quand en 1373, Grégoire XI annonça à son tour son intention de retourner à Rome, Pétrarque en fut comblé d’aise. Un an auparavant, désespéré, il avait rédigé son Apologia contra Gallum, où il réfutait la thèse favorable au maintien de la papauté en Avignon. Fatigué par l’âge, cette année-là, le poète accepta pourtant de reprendre sa toge d’ambassadeur pour aider son ami Francesco de Carrare. Celui-ci battu par les Vénitiens devait non seulement verser une forte rançon mais livrer son fils en otage. Ce fut Pétrarque qui l’accompagna à Venise afin de le recommander au doge Andrea Contarini. Pétrarque mourut à Arqua, le 19 juillet 1374, terrassé par une crise d’apoplexie. Sa fille le retrouva la tête reposant sur un livre. Francesca lui fit élever un mausolée et son gendre fut son exécuteur testamentaire.
Partagé entre l'amour profane - il confesse son vil penchant pour les femmes - et la conception médiévale de l'amour - Laure comme Béatrice devant lui montrer la voie qui conduit au salut - Pétrarque se réfugie dans le rêve et magnifie dans ses vers ce qui pourrait être la réalité.
Marc Maynègre, résume en deux phrases cette philosophie du poète :
« Cette mise en scène, cette contemplation de lui-même, vont devenir contemplation esthétique, oeuvre d'art. La Beauté devient alors l'Idéal du Poète. »
Maria Cecilia Bertolami, constate :
« Dès le premier sonnet, le Canzoniero se présente comme l'histoire exemplaire d'un échec. L'amour pour Laure, tel qu'il est décrit dans le premier sonnet du recueil est un giovenile errore qui a conduit le poète à osciller constamment fra le vane speranze e il van dolore. »
Pétrarque a canalisé ses sentiments en poèmes d'amour exclamatifs plutôt que persuasifs et son oeuvre montre son dédain envers les hommes qui harcelaient les femmes. À l'époque de sa mort en 1348, le poète considérait son chagrin aussi difficile à vivre que l'était son précédent désespoir :
« Dans mon jeune âge, j'ai lutté constamment contre une passion amoureuse débordante mais pure - mon seul amour, et j'aurais lutté encore si la mort prématurée, amère mais salutaire pour moi, n'avait éteint les flammes de la passion. J'aimerais certainement pouvoir dire que j'ai toujours été entièrement libre des désirs de la chair, mais je mentirais en le disant. » - Lettres à la Postérité, Pétrarque
Ève Dupperay, éminente pétrarquienne, commente :
« Pétrarque reprend le thème néoplatonicien de l'amour comme médiateur entre le profane et le sacré. La poésie de Pétrarque est essentiellement une anagogie car elle se veut à le fois l'expression de l'extériorité des sentiments et de l'intériorité de la conversion. »
« Ce poème en langue italienne, en tercets d'hendécasyllabes à la manière dantesque, participe à l'oeuvre la plus expérimentale de Pétrarque. Il s'inscrit dans une structure emboîtante de six Triomphes distribués en douze chapitres selon le schéma combatif et homicide du vaincu-vainqueur-vaincu où les abstractions personnifiées terrestres Amour, Chasteté, Mort, Renommée et célestes Temps, Éternité s'affrontent et s'efforcent crescendo sous un pouvoir plus irréductible dans un mécanisme qui s'accélère en degrés ascendants avec une unique triomphatrice : Laure ». »
Alors que dans le Canzionere se clôt avec une invocation au nom de la Vierge Marie, les Triomphes se terminent sur celui de Laure, son éternel amour.
« Une Laurre renvoie à quelque chose de plus haut, à une splendeur qui n'est plus humaine mais qui, cependant, garde et exalte cette humanité, explique Maria Cecilia Bertolami. »
Ce que confirme Pierre Dubrunquez pour qui Pétrarque, toujours hésitant entre attrait et retrait du monde, développe dans son oeuvre :
« Une sensibilité si neuve qu'elle ne sait pas encore ce qu'elle perçoit, et une conscience qui cherche dans son patrimoine spirituel une règle de conduite pour en user. »
C'est ce que laisse entrevoir Pétrarque dans une lettre adressée à l'un des ses amis :
« La part la plus considérable de la vie se passe à mal faire, une large part à ne rien faire, toute la vie à ne pas être à ce que l'on fait. Me citeras-tu un homme qui attribue une valeur réelle au temps, qui pèse le prix d'une journée, qui comprenne qu'il meurt un peu chaque jour » - Lettre à Lucilius, (I, 1-2).
Icône de détail Article détaillé : .
Avec son premier gros ouvrage, Africa - une épopée en latin qui fait le récit de la seconde guerre punique - Pétrarque devint une célébrité européenne. En effet, ce fut cet ouvrage qui lui valut la couronne de lauriers des poètes et la reconnaissance de ses pairs.
Cependant, si ses oeuvres en latin ont consacré sa célébrité de son vivant, c'est surtout son Canzoniere, rédigé en Toscan qui va passer à la postérité. À partir du XVIe et jusqu'au XVIIIe siècle, nombreux seront les imitateurs de son style pur et harmonieux. Ses imitations seront si nombreuses qu'elles vont donner naissance à un courant : le pétrarquisme. Il est caractérisé par les dialogues avec les modèles antiques, le recours aux antithèses, aux symétries et aux images.
Sa mort en 1374 empêcha Pétrarque d'achever ce qui aurait dû constituer sa troisième oeuvre majeure : les Trionfi. Corrado Belluomo Anello, dans le catalogue de l'exposition Le Triomphe de l'Amour : Éros en guerre, souligne que le Carros de Raimbaut de Vacqueyras est parmi les sources possibles des Triomphes du poète. Le Troubadour provençal a inspiré Pétrarque au même titre que la Divine Comédie de Dante et lAmoroso Visione de Boccace, la Bible ou les auteurs latins (Virgile, Ovide, Properce).
En dehors de lAfrica, du Canzoniere et des Trionfi, Pétrarque a laissé un très grand nombre de textes en latin : églogues, invectives, biographies héroïques, récits exemplaires et plusieurs traités. À cela il faut ajouter un Epistolario riche de plus de six cent lettres adressées à ses parents, amis et même à certains grands penseurs de l'antiquité.
Parmi les oeuvres latines de Pétrarque, on trouve De Viris Illustribus, le dialogue Secretum (dans lequel il fait le récit de ses pensés et de ses combats intérieurs et qui n'était pas destiné à la publication), un débat avec saint Augustin, un Rerum Memorandarum Libri, un traité incomplet sur les Vertus cardinales, De Remediis Utriusque Fortunae, son oeuvre en prose latine la plus populaire, Itinerarium, un guide sur la Terre promise et De Sui Ipsius Et Multorum Ignorantia, contre les Aristotéliciens. Il a écrit ses oeuvres culturelles et son épopée poétique en latin, ses sonnets et chants en toscan, idiome qui allait dès lors fixer la langue littéraire italienne.
En Italie, une tradition vivace voulait qu’une femme d'origine anglaise, mais née à Mayence, se fût travestie en homme pour poursuivre des études avec son amant. Ils se rendirent à Athènes puis à Rome. Anna ou Agnès, tel aurait été son prénom, dissimulant toujours son sexe, fut reçue dans les milieux ecclésiastiques et en particulier, par la Curie. Son savoir et son charisme furent tels que le conclave l’éleva sur le trône de saint Pierre. Mais ce qui devait arriver arriva. La papesse se retrouva enceinte. Au cours d'une procession qui se déroulait entre Saint-Pierre du Vatican et Saint-Jean de Latran, elle fut prise de contractions et fut contrainte d’accoucher publiquement. Ce qui lui valut d’être condamnée à mort.
Dès la XIVe siècle, commence la diffusion des oeuvres du poète par des traductions. En France, ce fut en 1378, qu'à la demande du roi Charles V, Jean Daudin rédigea en français pour le Dauphin, De Remediis. Il fut suivi par Philippe de Mézières, qui entre 1384 et 1389, traduisit Griseldis.
À la Bibliothèque Inguembertine de Carpentras, se trouve l’un des plus anciens manuscrits du Canzoniere (milieu XVe siècle) avec, sur deux médaillons, les portraits de Pétrarque et de Laure de Sade. Ce recueil des sonnets à la louange de Madonna Laura débute ainsi In comincia la cantilena di Messer Francesco Petrarco famossimo poeta fiorentina chiamato il canzioneri….
Le Canzoniere et les Trionfi, dans le manuscrit vénitien du cardinal Mazarin dont les enluminures furent réalisées par Cristoforo Cortese en 1420 se trouve à la Bibliothèque nationale de Paris (MS. ital. 549).
Un manuscrit des Trionfi calligraphié à Florence par Besse Ardinghelli en 1442 et illustré par Apollonio di Giovanni fait parti des collections de la Bibliothèque Laurentienne (Ms. Med. Pal. 72). Un autre manuscrit florentin des Trionfi provenant du studio de Francesco d'Antonio del Ghierico, réalisé vers 1456-1457, est déposé à la Bibliothèque nationale (MS. ital. 548).
La bibliothèque de l'Université de Manchester possède seize éditions incunables des « Rime » de Pétrarque, depuis l'édition princeps de 1470, imprimée à Venise par Vindelinus de Spira, jusqu'à l'édition de 1486, avec sa typographie à la mode différenciant les vers (imprimés en gros caractères) et les commentaires (en petits caractères).
Une attention toute particulière doit être portée à la merveilleuse et rarissime édition Lauer de 1471, ainsi qu'à trois éditions vénitiennes différentes de 1473.
En 1476, la ville de Florence offrit à Charles VIII, roi de France, un manuscrit des Triomphes somptueusement illustré (B. N. Ms. Ital. 548). Quant à celui de la Walter Art Gallery de Baltimore (Ms. W. 755), il a été composé à la fin des années 1480 par Sanvito.
Deux manuscrits vénitiens des Trionfi, datés de la fin du XVe siècle se trouvent pour l'un à la Fondation Jacquemard-André (Ms. 17) et son jumeau à la Bibliothèque Apostolique du Vatican (Ms. Vat. Lat. 3157). Au cours de la même période, à Paris, fut enluminé un livre des Triomphes de l'Amour par un artiste inconnu dénommé le Maître des Triomphes de Pétrarque (BN. fr. 594).
Manchester détient également deux éditions des Rime qui ne se trouvent pas dans l'incomparable Willard Fiske Collection de la bibliothèque de la Cornell University : l'édition napolitaine de 1477 par Arnold de Bruxelles et une édition vénitienne de 1480, due à un imprimeur inconnu. Elle possède en outre 80 des (approximativement) 150 éditions publiées au cours du XVIe siècle, dont la totalité des éditions Aldine, les fameuses éditions lyonnaises contrefaites, ainsi que deux des dix exemplaires sur Vélin de l'édition de 1501.
Enfin, la Bibliothèque nationale, le Musée Condé à Chantilly et le British Museum possèdent les éditions du Laure d'Avignon : au nom et adveu de la Royne Catharine de Médicis, Royne de France, extraict du poete florentin François Petrarque ; mis en françois par Vaisquin Philieul à Carpentras. La première fut imprimée à Paris en 1548, la seconde à Avignon, en 1555.
Madeleine de Scudéry, qui tenait le poète vauclusien en grande estime, lui rend hommage dans Célie puis dans Mathilde où elle narre le récit de ses amours avec Laure. Dans cette dernière nouvelle, la Grande Précieuse fait par quatorze fois références à des sonnets du Canzionere.
« Pétrarque, après tout, n'a peut-être d'autre mérite que d'avoir écrit des bagatelles sans génie dans un temps où ces amusements étaient fort estimés parce qu'ils étaient rares. »
« Siècle fécond, jeune, sensible, dont l'admiration remuait les entrailles ; siècle qui obéissait à la lyre d'un grand poète, comme à la loi d'un législateur. C'est à Pétrarque que nous devons le retour du souverain pontife au Vatican ; c'est sa voix qui a fait naître Raphaël et sortir de terre le dôme de Michel-Ange » - François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, partie 2, livre 14, chapitre 2 (Voyage dans le midi de la France, 1802)
« Pétrarque est une lumière dans son temps, et c’est une belle chose qu’une lumière qui vient de l’amour. Il aima une femme et il charma le monde. Pétrarque est une sorte de Platon de la poésie ; il a ce qu'on pourrait appeler la subtilité du coeur, et en même temps la profondeur de l’esprit ; cet amant est un penseur, ce poète est un philosophe. Pétrarque en somme est une âme éclatante. Pétrarque est un des rares exemples du poète heureux. Il fut compris de son vivant, privilège que n’eurent ni Homère, ni Eschyle, ni Shakespeare. Il n'a été ni calomnié, ni hué, ni lapidé. Pétrarque a eu sur cette terre toutes les splendeurs, le respect des papes, l’enthousiasme des peuples, les pluies de fleurs sur son passage dans les rues, le laurier d'or au front comme un empereur, le Capitole comme un dieu. » - Victor Hugo, Lettre autographe conservée au Musée Pétrarque, 18 juillet 1874
Quant à Verlaine, il le fit fort subliminalement dans un sonnet intitulé : <poem>
À la louange de Laure et de Pétrarque
Chose italienne où Shakspeare a passé Mais que Ronsard fit superbement française, Fine basilique au large diocèse, Saint-Pierre-des-Vers, immense et condensé,
Elle, ta marraine, et Lui qui t’a pensé, Dogme entier toujours debout sous l’exégèse Même edmondschéresque ou francisquesarceyse, Sonnet, force acquise et trésor amassé,
Ceux-là sont très bons et toujours vénérables, Ayant procuré leur luxe aux misérables Et l’or fou qui sied aux pauvres glorieux,
Aux poètes fiers comme les gueux d’Espagne, Aux vierges qu’exalte un rhythme exact, aux yeux Épris d’ordre, aux coeurs qu’un voeu chaste accompagne.
Paul Verlaine Jadis et naguère
</poem>
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